Editoriaux ou avis issus de la liste GEPEM

Le "on" civique? méthode Freinet? La monnaie interne  Débat PF et PF  
         

La monnaie interne ?

 

A regarder les échanges sur la liste, il est facile de voir que le sujet est complexe. Mais, ce qui est bien, c'est de pouvoir en discuter en toute confiance au sein de la liste, c'est à dire entre collègues qui partagent les mêmes valeurs, la même éthique.  Ainsi, lorsque les pratiques sont différentes, nous pouvons en parler sans jugement de valeur (de type, il ou elle est plus avancé(e) que moi, plus intelligent, plus cultivé), sans jugement politique (celui-ci n'est pas un véritable Freinetique, c'est un PI, ou l'inverse).

Ce qui nous enrichit, c'est cette capacité à discuter des tâtonnements des autres (car, là pour le coup, tout le monde sent bien que Barbara tâtonne, essaye, réfléchit, et nous interroge pour réfléchir avec elle.)  Donc, entre nous rien est tabou en terme de discussion au sujet de nospratiques, même mal maîtrisées. Tout peut être dit (y compris un désaccord) sans remettre en cause la confiance entre nous. Et nous ne nous épouvantons de rien, car, n'ayant pas de "méthode", close, fermée, de dogme et d'évangile, nous sommes ouvert à expérimenter tout ce qui ne remet pas en cause notre éthique : les invariants.

Donc, je reprends, l'enfant est de même nature que nous. Et nous, nous n'allons pas au boulot que pour le fric, (sans quoi il y a longtemps que je ne serai plus directrice à Curie, je l'assure).

Alors, quelle est la nature de ce qui nous anime pour travailler ainsi ? Comment faire partager aux enfants ce plaisir d'agir et de réfléchir ensemble ? A contrario, si je n'avais pas de salaire, je ne viendrai pas à Curie non plus : pour deux raisons une raison matérielle évidente, je dois me nourrir, me vêtir et acheter quelque nourriture à mes enfants   une raison morale : tout travail mérite salaire, je ne suis pas une bonne sœur. C'est pour moi le minimum de reconnaissance due.

C'est pourquoi je n'ai pas non plus d'états d'âme à nous faire payer une partie des nombreuses (et néanmoins insuffisantes) réunions que nous faisons à l'école par Inno-Valo. Ce n'est pas que pour l'argent, c'est une reconnaissance de notre administration. Bon, je me relis, et je suis toujours partagée, la monnaie, je ne lasens pas, moi. Je crains que le pouvoir du fric, tel qu'il circule dans la tête des mômes, pervertisse le dispositif. Et en même temps, je trouve bien que Barbara essaye. Car de toutes façons, ce qui est clair, c'est que le plaisir d'apprendre n'est pas un moteur suffisant pour un bon nombre de nos élèves. Et à ça, je n'ai pas de réponses.

Véronique

Je suis prête à en parler à l'école, mais à priori je ne partage pas ton point de vue sur la monnaie et ne perçois pas cette institution telle que tu la vois.

Sache que je fais moi aussi partie des individus qui ne défendent pas la place de l'argent dans la société, et je sais aussi qu'en abordant le pb de la monnaie dans la classe, je touche à l'un des tabous de la société.

Le débat reste ouvert et les références nécessaires sont à aller chercher dans la pédagogie institutionnelle et pour ma part je manque encore de billes mais en aucun cas j'ai le sentiment de tendre aux enfants une carotte, quelqu'elle soit et de cela je m'en défends.

Amicalement, Barbara

"La ou je ne suis pas d'accord avec toi et c'est la réticence que j'avais exprimé dans mon message c'est quand tu affirmes que la monnaie est détachée de notion de valeur" (Stéphane)

Ce que je voulais dire en fait c'est que la monnaie permet plutôt d'éviter les jugements de valeur par rapport aux individus (c'est dans ce sens là que j'ai parlé de "valeur") : les sous sont centrés sur des tâches, les bons points font, en tout car pour moi, beaucoup trop référence aux mérites des individus ("avec 10 bons points, tu mérites une image") et c'est là que beaucoup d'enfants peuvent être blessés très profondément (en l'occurrence, ceux qui "ne méritent pas ces bons points" et qui peuvent arriver à se demander ce qu'il valent justement !)

"je reste convaincue et certainement en désaccord profond avec toi sur la "composante psychanalytique très forte" de cette pratique (...) je pense pouvoir me permettre d'avancer que si cette composante peut être un atout pour l'adulte il ne me semble pas souhaitable dans user avec les élèves" (Mireille)

 

Je pense être pleinement d'accord avec toi sur ce propos, je ne me suis donc pas très bien exprimé : ce que je voulais dire, c'était uniquement rappelé qu'historiquement cette pratique a été utilisée par des personnes très proches du monde de la psychanalyse, en aucun cas je n'ai voulu promouvoir des pratiques psychanalytiques à l'école, comme tu le dis très bien, notre casquette d'instit nous suffit déjà pas mal ! En disant cela, je ne pense pas être en contradiction avec mon précédent "courriel" ;-) . Cependant, quelques notions de psychologie peuvent aider parfois à empêcher des dégâts psychologiques sur les enfants à travers des pratiques semblant très banales et anodines... Mais tu as raison de rappeler que nous ne sommes pas là pour faire un travail psy avec les élèves, je pense qu'il faut bien dissocier les rôles de chacun même si cela n'est pas facile que ça. Je pense d'ailleurs que c'est souvent sans s'en rendre compte, à travers une attitude paraissant anodine, que nous pouvons causer de grands dommages ! Nous avons un métier qui nécessite un grand sens de la réflexion et du recul.

Par exemple, sur cette liste, nos valeurs nous amènent chacun à réfléchir comment faire reculer les inégalités et comment aider les enfants à se poser comme individus - je pense qu'il est important de scruter un minimum ses motivations ou ses propres refus avant de vouloir faire un travail dans sa classe (à quoi peut bien me renvoyer mon envie de diminuer les inégalités entre les enfants ? à quoi peut me renvoyer mon refus de la monnaie ou bien des bons points dans ma classe ?) - ce que l'on fait n'est de toute façons jamais bien neutre - je pense vraiment que le danger n'est pas dans une tentative d'analyse ou de recul par rapport à ses pratiques mais plutôt dans un refus d'ouvrir un minimum les yeux sur ce qui nous anime (peurs, envies, manque d'assurance, déterminisme...), et ce sera à partir de là, que nous pourrons davantage garder pleinement notre casquette d'instit. Je te rejoins aussi lorsque tu dis qu'il faut éviter :

1) de reproduire les erreurs de la société (comme les situations socio-politico-idéologiques contestables dont tu parles) : de ton point de vue "les sous" reproduiraient les inégalités, je trouve donc très bien de nous interpeller sur ces dérives possibles ; en même temps, combien d'autres pratiques dans nos classes "favorisent"-elles aussi ces inégalités dont tu parles ! 

2) de jouer aux "apprentis sorciers" : nous pouvons d'ailleurs nous poser la question des limites et du cadre de nos propres tâtonnements dans la classe ; dans ce sens, je pense que la pratique du Quoi de Neuf ? par exemple peut être aussi critiquée si la personne qui mène ce temps dans sa classe ne possède pas lui aussi un lieu (exemple : réunion entre instit, les groupes Ballint ou à nouveau la liste GEPEM !) où il peut poser à son tour sa parole et être lui-même écouter. 

Enfin, je tenais aussi à dire que je n'utilise pas le système de monnaie dans ma classe. J'ai moi aussi mes réticences (même si les derniers échanges sur la liste ont eu pour effet de motiver davantage à utiliser ce système !). 

Pour répondre encore à Stéphane, je ne vois pas de contradiction entre la monnaie et les échanges de savoirs, mais plutôt une grande complémentarité ! Mais en même temps, je n'ai pas ton approche économique : j'ai pour ma part une formation en psychologie, ce qui n'aura échapper à personne ! ;-)

Je trouve cependant passionnant cet échange avec des personnes ayant justement chacun des approches très différentes : nous nous rapprochons du fonctionnement de nos classes où chaque enfant a lui aussi son propre parcours avec lequel il est important de composer !

Coopérative ment, Mehdi.

Je suis entièrement d'accord avec ce qu'écrit Mehdi, donc je ne redirai pas ce qu'il a si bien exprimé, cela dit, je complète avec qqs citations tirées du mémento de pédagogie institutionnelle.

"Les enfants, comme les instits, ont une histoire et ne laissent pas leur inconscient au portemanteau. De la même façon la classe est traversée par des effets de groupe.

Peut on espérer apprendre efficacement à lire et à écrire aux enfants en fermant les yeux sur ces phénomènes inconscients ?"

Je suis de celles qui pensent que non, et je sais que je ne suis pas psy mais instit. Mais je ne me voile pas la face, l'inconscient est là dans la classe, les inconscients et je ne crois pas pouvoir en faire abstraction.

Autre citation : "ils (les enfants) ont de l'argent qu'ils ne gagnent pas et qu'ils peuvent rarement utiliser à leur guise.

C'est de l'argent cadeau qui ne signifie que l'aptitude à être reconnu satisfaisant par un détenteur de pouvoir.

Payer un enfant serait reconnaître la valeur de sa production ou de son travail, signes tangibles de sa valeur personnelle.

On ne paie pas un enfant, on le récompense. Le cadeau signe de la puissance et de la bonté du donateur, scelle par la reconnaissance l'aliénation du récepteur. (...)

Supprimer les récompenses aliénantes (type bon point) et affirmer que le travail enthousiasmant n'en a pas besoin ne résout pas + le problème de l'argent. E t ça ne l'empêche pas de se poser.(...)

Pas question d'argent à l'école, le travail de l'enfant ne peut être que gratuit et obligatoire ! Seul objectif : faire plaisir, satisfaire le maître ou ce qu'il représente."

Nouvelle citation de F OURY: "Je pourrais sans risque discourir sur l'autogestion, mais dès qu'il est question d'entraîner réellement les enfants à la gestion financière de leurs propres affaires, à commencer bien sûr par ce qui les touche de près, leur budget personnel, alors là rien ne va plus. Nous sommes voués à la vindicte publique. Phénomène intéressant."

Plus d'un siècle après Marx, on pourrait savoir distinguer la monnaie qui permet les échanges, du CAPITAL qui assure sa propre accumulation par l'exploitation de la force de travail et suppose la propriété privée des instrument de production.

En l'occurrence la monnaie dans la classe est une monnaie d'échanges.

La paye thérapeutique :" Le simple fait de voir son travail reconnu socialement ne passe pas inaperçu, notamment pour ces vaut-rien qui n'existent guère pour autrui et qui, où qu'ils soient, comme chacun sait, devraient être ailleurs .

Mais ici tout est possible, si c'est situé, si on en a parlé, si on a donné du sens à ce qui se passe là et paraît insensé et inéluctable. (ex avec l'accord du groupe un caractériel a-social peut-être payé pour avoir souris à ses coéquipiers...)

Payer la production et ou le travail ? "Souvent le salaire de chacun tient compte des niveaux et rémunère le travail plus que la production." Voilà, c'est tout pour ce matin.

A+ Barbara

de Mireille à Medhi,

Pour ma part, pour faire court et parce que je ne parle n'y n'écris aussi aisément que vous, je dirai simplement que je suis en général idéologiquement et dans la vie plutôt (beaucoup) sur les lignes de Stéphane. Je ne reprendrai d'ailleurs pas ses arguments, car pour ce qui me concerne tout y est.

Et ce que tu dis de la P.I. me conforte dans mon opinion : je ne suis pas en accord avec la P.I. pour des raisons dont certaines sont exprimées dans ton message.

Pour moi, la monnaie n'est pas non plus un épouvantail (Stéphane), ni un tabou (Barbara). Il n'en reste pas moins qu'il me semble nécessaire d'être prudents quant à nos pratiques...

 

"A mon avis, comme toute pratique institutionnelle, l'utilisation des sous doit s'inscrire dans un dialogue à travers des discussions et des régulations régulières avec les enfants de la classe mais aussi avec d'autres collègues ayant aussi dans leur classe ce genre de pratique : il me paraît illusoire et à l'encontre de ses propres pratiques d'utiliser des outils de la pédagogie institutionnelle de manière isolée (la liste Gepem est d'ailleurs un bon moyen de rompre cet isolement !)."

 

C'est ce que j'ai tenté de dire (tellement plus maladroitement que toi certes !) Mais malgré tout je reste convaincue et certainement en désaccord profond avec toi sur la  "composante psychanalytique très forte" de cette pratique

Justement, je pense pouvoir me permettre d'avancer que si cette composante peut être un atout pour l'adulte il ne me semble pas souhaitable dans user avec les élèves ( nous "portons la casquette" d'enseignant...difficile et pas souhaitable d'en porter un autre à mon avis... Je ne connais pas de psychanaliste sérieux qui dirait le contraire... 

les sous permettent une distanciation par rapport à l'adulte (plus qu'un objet neutre, il s'agit d'un objet "transitionnel" qui peut aider les enfants à matérialiser leur travail, leurs efforts de manière claire, lisible et détachée de l'affectif et de toute notion de valeur ou de mérite comme c'est le cas pour les bons points...) 

détachée de l'affectif et de toute notion de valeur ou de mérite 

Je trouve cette assertion soit démagogique ou pour le moins naïve.

Je pense que tout le monde n'a pas les "références P.I." moi même je n'ai pas "toutes les billes" comme dit Barb. et il doit y avoir des personnes encore plus larguées que moi (ou alors la liste ne comporte que des intellos ?) ... mais les sous, les enfants doivent les gérer, ils en ont plus ou moins (comme les bons points... je sais je suis emmerdante..(ou un peu con....) ), qu'ils n'en fassent rien ou qu'ils en fasse quelque chose d'ailleurs leurs gains les renvoient à leurs inégalités, alors ...

C'est alors ... que ce que rapporte Stéphane dans son dernier message par exemple me parle davantage.... En résumé, et au risque de me faire haïr ...je persiste à suggérer qu'il n'est pas souhaitable d'une part de reproduire à l'intérieur de l'école certaines situations socio-politico-idéologiques contestables de la société, ni d'autre part de jouer les apprentis sorciers...

 

C'est dire vite par courriel des choses très complexes, je ne juge bien sûr personne ici et c'est au contraire parce que j'ai beaucoup d'estime pour vous (surtout pour Stéphane...) "MAIS NON JE PLAISANTE" (un petit sourire à La Bérange)... que je me permets de discuter ici, et j'aurais dû préciser que bien sûr je ne mettais pas en cause les pratiques de Barbara (il est des évidences qu'il faut rappeler j'aurais dû le savoir).

M'enfin, de toutes les façons JE vous aime et ON les aura ...

Amicalement

Mireille Rou...

 

" 1) les sous permettent une distanciation par rapport à l'adulte (plus qu'un objet neutre, il s'agit d'un objet "transitionnel" qui peut aider les enfants à matérialiser leur travail, leurs efforts de manière claire, lisible et détachée de l'affectif et de toute notion de valeur ou de mérite comme c'est le cas pour les bons points...) "

 

Salut Mehdi !

 

Quand je parle d'objet neutre c'est au sens ou Marx le définit c'est à dire comme un objet substituable (dans la préhistoire du capitalisme) ce que n'est pas l'affection que l'on peut avoir pour le maître / la maîtresse par exemple !

La ou je ne suis pas d'accord avec toi et c'est la réticence que j'avais exprimé dans mon message c'est quand tu affirmes que la monnaie est détachée de notion de valeur . L'argent c'est un moyen d'organiser la rareté ce n'est pas un moyen de distribution de la richesse produite . Cet été pendant le congrès j'ai assisté à un atelier de PI ou ce sujet a été évoqué . Le gars qui présentait cette technique était " un pilier de la PI " et son discours était clair : les étalons de valeur étaient fixés par lui en tant que ceinture noire et en tant que ceinture noire il se réservait le droit d'éponger certaines dettes ou de redistribuer des métiers mieux payés aux élèves qui en avaient besoin .

On voit donc bien (c'est mon avis) que c'est aussi un moyen d'organiser la rareté et de susciter de la frustration . Cette frustration est utilisée dans une optique positive (grandir , se séparer du maître et de ses copains ) mais les notions de rareté et de valeur sont consubstantielles à la monnaie , même dans l'espace micro-économique de la classe coopérative . N'est-ce pas contradictoire avec les échanges de savoir ? Comment assurer une disparition en douceur d'un tel instrument ? Une fois qu'il est installé , doit-il disparaître ?( je n'en sais rien !)

Tu vois je doute encore beaucoup même si comme je l'ai expliqué précédemment la monnaie ne m'apparaît pas comme un épouvantail !

 

A+ Stéphane