De: Xavier Gaillon [xavier.gaillon@icem-freinet.org] Envoyé: vendredi 23 novembre 2001 18:57 À: A Liste Freinet Objet: [FREINET:] L'ICEM et les programmes Dépêche parue dans l'AEF d'aujourd'hui, histoire de ne pas attendre le numéro de décembre du Nouvel Educateur dans lequel ce sera en partie diffusé. L'ICEM-Pédagogie Freinet relève des points positifs dans le projet de programmes pour l'école primaire Paris le 23-11-2001 "Les objectifs de maîtrise du langage sont certainement l'avancée la plus audacieuse", estime l'ICEM-Pédagogie Freinet à propos du projet de nouveaux programmes pour l'école primaire soumis à une consultation nationale. L'association y décèle "des évolutions intéressantes". Elle retient notamment "la flexibilité introduite au niveau des horaires pour chaque domaine", "le passage d'une logique de transmission de contenus à des objectifs définis en termes de compétences globales", "la valorisation de la transversalité" plutôt qu'un découpage en champs disciplinaires, "la préconisation d'une pédagogie qui s'appuie sur l'expérience concrète et la constitution collective des savoirs". L'ICEM estime que ces orientations "confortent" ses membres dans leurs pratiques. Elle salue "la place enfin donnée à la vraie lecture dans de vrais livres par une multiplication de l'offre de lecture et une sensibilisation à la littérature". En revanche, elle regrette la "régression" que constitue selon elle "l'importance accordée au système grapho-phonologique" d'apprentissage de la lecture. "Une approche naturelle de la lecture place l'enfant au centre de ses apprentissages et lui permet de donner du sens à ses découvertes (...) Pourquoi obliger à travailler les homophones grammaticaux alors que l'appropriation de l'orthographe, grâce à la production d'écrits dès le cycle 2, permet d'entrer dans la lecture par le sens plutôt que par le son?" UNE PROGRAMMATION CONTRADICTOIRE AVEC LE PROJET Par ailleurs, le programme de grammaire, "malgré un allègement certain", lui semble "encore trop chargé". En histoire, l'association juge les supports et les contenus "distants de 'l'histoire' et du 'patrimoine' des enfants, notamment ceux des classes populaires", tandis que la géographie "se restreint trop à l'étude de la seule France, même si la part de l'humain y est réactivée". En sciences, l'ICEM dénonce une domination de la "pensée contrainte": "Aucune référence n'est faite au tâtonnement expérimental." En mathématiques, "ce n'est plus calculer qui est mis en valeur mais justifier et argumenter". Quant à l'éducation civique, l'ICEM regrette qu'elle reste encadrée par un programme et "note une absence de volonté dans le domaine de la responsabilisation effective des élèves, tant dans la vie de la classe et de l'école que dans la construction de leurs propres apprentissages". Elle conclut: "La programmation envisagée nous semble contradictoire avec la volonté affichée de donner plus de sens aux apprentissages, d'aller vers plus de transversalité. L'évaluation reste uniforme, construite selon les besoins du programme. Le chemin personnel de l'enfant doit être pris en compte mais au milieu des autres, avec les autres." En outre, elle déplore que ces programmes fassent "l'impasse sur le nécessaire travail en équipes des enseignants pour équilibrer, harmoniser les projets, et ceci bien au-delà de la notion même de cycle". Enfin, elle s'interroge sur la possibilité de donner du sens à tous les apprentissages "dans des salles de classes exiguës, au milieu de 30 enfants issus de milieux socioculturels souvent peu favorisés". MONDIALISATION "Nous sommes encore loin de la construction à l'école par chaque enfant d'une vraie culture historique, géographique et scientifique et participent d'une véritable formation citoyenne", observe encore l'ICEM. Elle craint que la "mainmise de l'économie libérale sur l'école" n'offre à "l'économie libérale" mondialisée un "citoyen idéal", "un individu égocentrique, parfait consommateur, avide de satisfaire des désirs immédiats, un individu isolé, un travailleur mobile incapable de s'associer ou de se syndiquer car dépourvu de tout lien culturel, un individu peu apte à la réflexion personnelle et manquant de sens critique". Cela sous couvert de rendre l'individu "autonome, civil, flexible, capable de s'adapter rapidement à n'importe quel travail et de se former seul tout au long de sa vie", à partir d'une "simple base de savoirs rapidement opérationnels" qui seraient suffisants pour assurer cette autoformation. Contact: ICEM-Pédagogie Freinet, Joël Blanchard, président, 02 51 94 72 62 joel.blanchard@wanadoo.fr Xavier Gaillon Comité de rédaction du Nouvel Educateur Les Tessonnières 86140 Saint Genest d'Ambière 05 49 90 71 90 06 75 95 61 65 fax 05 49 20 19 47 xavier.gaillon@icem-freinet.org nouvel.educateur@icem-freinet.org http://www.freinet.org/icem